Publication : Kateb Yacine, un théâtre et trois langues

(Kateb Yacine, un théâtre et trois langues, Amazigh Kateb et Zobeida Chergui, Editions Le Seuil, 2003.)

Le livre invite le lecteur à découvrir ou à redécouvrir l’itinéraire et la vie du Keblouti avec ces multiples facettes: poète dramaturge, journaliste, romancier à travers des extraits de son œuvre, des photos de famille, ces brouillons et ces notes de voyages (Vietnam, New York, Tunis). Par ailleurs, l’accent est mis sur son parcours de militant qui l’a conduit à fonder la troupe théâtrale Action culturelle des travailleurs (ACT) en 1971. Depuis, il s’est livré à une sorte de spéléologie de la mémoire collective et à l’exploration des langues populaires et du patrimoine algérien.
Ce livre-catalogue est à la base une exposition montée par Z. Chergui et A. Kateb dans le département de l’Isère. Son succès a donné l’idée de la prolonger et de la faire partager à plus de monde à travers une publication. Certes, ce nouveau livre n’apporte aucune révélation sur le parcours de ce partisan de la Révolution continue, mais il n’en demeure pas moins qu’il présente quelques particularités qui lui confèrent son originalité et sa pertinence.
D’abord, le fait qu’il soit à l’origine une exposition, réalisée par des personnes intimes au poète, en l’occurrence sa compagne et son fils, permet au lecteur de découvrir le Keblouti à travers un regard plein de tendresse, d’admiration et d’amour. La photo, datant de 1971, montrant Kateb de retour d’exil, assis entre sa mère et sa femme, et tenant son fils entre ses genoux, nous renseigne sur la charge affective que porte ce livre.
Ensuite, il dresse un tableau, certes bref mais complet, de cet homme qui a marqué aussi bien I’histoire de l’Algérie que I’histoire universelle. “Je suis Algérien par mes ancêtres et internationaliste par mon siècle”, disait-il. Tous les événements qui ont jalonné sa vie étaient cités. Naissance et enfance à Constantine, les événements de 1945, ses relations avec ses parents, son premier amour, son aventure journalistique, son engagement pour l’indépendance de l’Algérie, ses positions anticoloniales, son exil, son retour au bercail et, enfin, sa mort à Grenoble. Cette approche se veut une sorte de vulgarisation de ce créateur dense, complexe et hermétique. D’où une mise en page aérée et agréable, une disposition des textes, photos et extraits, harmonieuse et soucieuse de faciliter la lecture.
Enfin, de ce livre qui ressemble à un album de famille ressort un autre aspect de Kateb dont on parle le moins : sa vision lucide des relations algéro-françaises. Aussi compliquées et aussi violentes  que soient ces relations, le regard de Yacine est resté aussi lucide que pointu. Tout en dénonçant l’euphorie coloniale et les visées hégémoniques de la France, il a toujours salué les sacrifices des Français engagés pour l’indépendance de son pays. Il a toujours su faire la différence entre les intérêts étatiques et l’amitié entre les deux peuples.
Au sujet de cette dernière, son attachement à la ville de Grenoble a créé une grande histoire d’amitié avec sa ville natale Constantine. Il a réellement jeté un pont entre les deux villes dont ce livre en est un maillon. N’est-il pas né dans la ville du pont suspendu ?

T . H .

Kateb Yacine, un théâtre et trois langues, Amazigh Kateb et Zobeida Chergui, Editions Le Seuil, 2003.

Source : http://www.liberte-algerie.com/actualite/kateb-yacine-cote-famille-3904